La présence d'organismes nuisibles réglementés impacterait l'ensemble de la filière, du plant à la pomme de terre destinée à la consommation ou à la transformation. Cette préservation est d'autant plus vitale pour maintenir les capacités d'exportation des pommes de terre vers les pays tiers. FREDON Ile de France réalise chaque année plus de 82 inspections liées à cette filière pour s’assurer de l’état sanitaire des cultures de pommes de terre franciliennes.
Objectif de cette surveillance
Afin d'assurer cette qualité sanitaire et de prévenir efficacement les risques phytosanitaires, une procédure de surveillance officielle est ainsi déployée : la SORE (Surveillance des Organismes Règlementés et Émergents). Cette surveillance cible spécifiquement plusieurs menaces majeures, notamment les bactéries Ralstonia solanacearum et Clavibacter michiganensis, les nématodes à kystes (Globodera rostochiensis et Globodera pallida), ainsi que les nématodes à galles (Méloïdoigyne enterolobii, Meloidogyne chitwoodi et Meloidogyne fallax), la galle verruqueuse (Synchrytium endobioticum), les nématodes Nacobbus aberrans.
De plus, un système de piégeage en plein champ est utilisé pour la détection précoce des insectes ravageurs Epitrix spp., Tecia solanivora ou Bactericera cockerelli
Fredon Ile de France mène chaque année un ensemble d’inspections et de prélèvements visant à détecter les organismes de quarantaine de la pomme de terre (analyses de terre, de tubercules destinés à la consommation ou à la transformation, ou encore de plants).
Cette surveillance a pour objectif de maintenir une connaissance précise de l’état phytosanitaire du territoire et de :
- Vérifier le maintien du statut indemne du territoire pour certains parasites, dans le cadre des échanges internationaux,
- Détecter le plus tôt possible toute infestation pour permettre son éradication ou, a minima, limiter sa propagation.
Le suivi des cultures de pommes de terre
Le suivi parcellaire avant plantation : recherche des nématodes à kystes
Chaque année, des prélèvements de terre sont réalisés chez des producteurs franciliens afin de rechercher la présence de nématodes à kystes sur les parcelles susceptibles d’être plantées en pommes de terre l’année suivante.
Ces inspections, conduites de janvier à mars, concernent une trentaine de producteurs, qu’ils cultivent de petites ou de grandes quantités de pommes de terre destinées à la transformation, à la consommation ou à l’export.
Le piégeage en parcelle de pommes de terre : recherche d’insectes
Les insectes réglementés font l’objet d’un suivi dans les parcelles de pommes de terre grâce à l’installation de pièges relevés chaque semaine. Des cuvettes jaunes sont utilisées pour la surveillance des Epitrix spp., tandis que des pièges à phéromones sont déployés pour Tecia solanivora ; ces dispositifs sont relevés par les inspecteurs tous les 15 jours.
Un fauchage des adventices en bordure de parcelle est réalisé une fois au cours de la campagne de production afin de rechercher la présence de Bactericera cockerelli.
Chaque année, 4 à 5 parcelles font l’objet d’un suivi dans la région, sur la base d’une analyse de risque établie par le SRAL Île-de-France.
La surveillance à la récolte
Des prélèvements et des observations visuelles réalisés sur 200 tubercules au moment de la récolte ou durant le stockage complètent ce dispositif de surveillance, afin de détecter la présence de Nacobbus aberrans, Meloidogyne enterolobii, Tecia solanivora, Clavibacter michiganensis subsp. sepedonicus, Epitrix spp., Meloidogyne chitwoodi, Meloidogyne fallax, Ralstonia solanacearum et Synchytrium endobioticum.
Les tubercules prélevés sont envoyés au laboratoire accrédité par le Ministère en charge de l’agriculture pour les recherches d’organismes réglementés.
Chaque année, une analyse de risque est établie par le SRAL Île-de-France et une trentaine de producteurs sont inspectés par notre équipe d’inspecteurs.
La surveillance de l’environnement

Les cours d’eau franciliens font également l’objet d’une surveillance dans les zones de production en raison du risque lié à Ralstonia solanacearum. Cette bactérie peut en effet survivre dans l’eau ainsi que dans certaines plantes hôtes, telles que la morelle douce-amère ou l’ortie blanc. Si des parcelles de pommes de terre sont irriguées avec une eau contaminée, la culture et la parcelle peuvent être infectées. Une parcelle contaminée ne pourrait alors plus accueillir de pommes de terre, la bactérie pouvant persister au moins dix ans dans le sol.
Chaque année, des prélèvements d’eau ainsi que d’adventices sensibles sont réalisés dans certains cours d’eau pour rechercher la présence de Ralstonia solanacearum. Les zones surveillées sont déterminées sur la base d’une analyse de risque (présence de sites sensibles, résultats antérieurs, etc.).
La surveillance des plants de pomme de terre
Les introductions de pommes de terre en provenance de l’UE
Toute importation de plants de pomme de terre en provenance de pays tiers autres que la Suisse est interdite dans tous les États Membres de l'Union Européenne.
La circulation des pommes de terre (plants, consommation et transformation) entre États membres de l’Union Européenne est possible à condition de respecter les exigences liées à la réglementation européennes. Toutefois, l’introduction en France de plants provenant d'Allemagne, du Danemark, des Pays-Bas et de la Pologne est soumise à des dispositions obligatoires (arrêté ministériel du 3 janvier 2005) qui impose :
- Une déclaration des lots provenant de ces 4 pays auprès du Service Régional de l'Alimentation, 48 heures avant leur introduction sur le territoire auprès du SRAL.
- La mise à disposition des lots pour la réalisation éventuelle de prélèvements (analyses Globodera, Meloidogyne, Clavibacter, Ralstonia) aux inspecteurs pendant deux jours ouvrés à compter de la date de déclaration d'arrivée du matériel pour d'éventuelles analyses, portant sur les bactéries Ralstonia solanacearum, responsable de la pourriture brune et Clavibacter michiganensis, responsable du flétrissement bactérien, ainsi que certains nématodes à galles ou à kystes.

Les inspecteurs de FREDON Ile de France réalisent, sur la base d’une analyse de risque établie par le SRAL Île-de-France, une dizaine d’inspections annuelles entre janvier et mi-mars. Ces inspections consistent à observer et à prélever 200 tubercules par lot afin de rechercher la présence des organismes suivants : Nacobbus aberrans, Meloidogyne enterolobii, Tecia solanivora, Clavibacter michiganensis subsp. sepedonicus, Epitrix spp., Meloidogyne chitwoodi, Meloidogyne fallax, Ralstonia solanacearum, Synchytrium endobioticum, Globodera pallida et Globodera rostochiensis.
Conformément à l’arrêté, le lot inspecté est placé sous consignation jusqu’à l’obtention des résultats d’analyses : il ne peut donc quitter l’exploitation, être déplacé, ni être planté.
Les plants fermiers
L’accord interprofessionnel relatif au renforcement des moyens de l’obtention végétal et au maintien d’une qualité sanitaire du territoire dans le domaine du plant de pommes de terre rappelle les exigences phytosanitaires applicables à ce type de production.
Il comporte :
- un volet relatif aux droits d’obtenteur,
- un volet sanitaire, exigeant la détection de plusieurs organismes nuisibles, dont Globodera, Ralstonia et Clavibacter.
Le « plant fermier » correspond à une production destinée exclusivement à l’autoproduction de l’agriculteur, limitée à une seule génération et toujours issue de plants certifiés.
Les producteurs souhaitant produire leurs propres plants de pommes de terre sont soumis au bon respect des mesures phytosanitaires de l’accord interprofessionnel relatif au renforcement des moyens de l’obtention végétale et au maintien d’une qualité sanitaire dans le domaine du plant de pomme de terre. Cet accord prévoit que la production soit soumise à la détection des organismes de quarantaine prévus par le Règlement santé des Végétaux.
Pour la production de plants de pommes de terre, l’année N, deux actions sont à mener en amont :
- Faire une déclaration préalable des surfaces auprès du SRAL à l’adresse suivante : sral.draaf-ile-de-france@agriculture.gouv.fr .
- Faire prélever et réaliser des analyses de terres préalables à la production pour vérifier l’absence des nématodes à kystes par l’Organisme à Vocation Sanitaire (OVS) de la région. Pour contacter FREDON Ile de France, envoyer un mail à serviceinspection@fredonidf.fr. Les coûts des prélèvements et des analyses sont à la charge du producteur.
Pour utiliser des plants de pommes de terre produits l’année N-1 de la plantation :
Des analyses sur tubercules doivent être faites pour s’assurer de l’absence de Ralstonia solanacearum et Clavibacter michiganensis. Des analyses complémentaires de certains organismes sont fortement conseillées pour éviter leur propagation, notamment la recherche de Meloïdogyne fallax et Meloïdogyne chitwoodi.
Ces prélèvements doivent être réalisés par l’OVS Végétal de la région.
Pour plus d’information, un dossier complet consacré à l’autoproduction de plant sur le site de l’UNPT (Accord interprofessionnel, règlement d’application, déclaration au SRAL, listes des SRAL, liste des FREDON…) est disponible.
Les conséquences d’une détection
La détection d’un organisme réglementé sur pommes de terre entraîne l’application immédiate de mesures strictes visant à protéger la production et à éviter toute dissémination.
En fonction de l’organisme détecté (nématodes à kystes, Tecia solanivora, Epitrix spp., Bactericera cockerelli, etc.), plusieurs mesures peuvent être appliquées :
- Prélèvements compensatoires / renforcement du piégeage.
- Interdiction de plantation de pommes de terre pendant plusieurs années.
- Destruction des tubercules présents (récoltés ou non).
- Nettoyage et désinfection du matériel (arracheuses, bennes, outils).
- Traitements spécifiques lorsqu’ils sont autorisés par la réglementation.
- Gestion des adventices hôtes présentes sur les bordures ou dans la parcelle.
Pour certains organismes réglementés de la pomme de terre, des arrêtés de lutte obligatoire au niveau national font état des mesures obligatoires à prendre en cas de détection. Un tableau récapitulatif de ces dernières vous en présenté ci-dessous.
| Organismes réglementés | Référence de l’arrêté | Mesures immédiates | Mesures à suivre |
| Globodera pallida ou Globodera rostochiensis sur tubercules | Arrêté du 28/06/2010 | Destruction lot contaminé ou dérogation pour commercialisation ou transformation après protocole de lavage | * analyse de toutes les parcelles ayant porté des pommes de terre + parcelles prévues en N-1 * enquête traçabilité * interdiction pomme de terre sur la parcelle concernée sauf si utilisation variété résistante, ou si pomme de terre primeur (100 jours maxi végétation) ou si désinfection par méthode validée. * production de plants interdite |
| Globodera pallida ou Globodera rostochiensis dans le sol | Arrêté du 28/06/2010 | * analyse de toutes les parcelles ayant porté des pommes de terre + parcelles prévues en N-1 * enquête de traçabilité * interdiction pomme de terre sur la parcelle concernée sauf si utilisation variété résistante, ou si pommes de terre primeur (100 jours maxi végétation) ou si désinfection par méthode validée. * production de plants interdite | |
| Ralstonia solanacearum sur tubercules | Arrêté du 11/02/1999 | Non-commercialisation des végétaux contaminés : incinération, ou mise en décharge ou transformation selon processus agréé ou utilisation en alimentation animale après traitement thermique | * enquête de traçabilité * sur champs contaminés, pas d'implantation de cultures hôtes pendant 4 ans + gestion des repousses, * analyses sur la prochaine production |
| Ralstonia solanacearum au niveau des cours d’eau | Arrêté du 11/02/1999 | * interdiction d’irrigation de solanacées à partir de la rivière * surveillance des productions sensibles à proximité | |
| Clavibacter sur tubercules | Arrêté du 06/12/1994 | Non-commercialisation des végétaux contaminés : incinération, ou mise en décharge ou transformation selon processus agréé ou utilisation en alimentation animale après traitement thermique | * enquête de traçabilité * sur champs contaminés, pas d'implantation de pommes de terre pendant 3 ans + gestion des repousses, * analyses sur la prochaine production |
| Méloïdogyne / sol ou tubercules | Arrêté du 04/02/2016 | Si culture bulbes, racines, tubercules, destruction ou transformation par entreprises dont le processus est validé par la DGAL | * état des lieux complet de l'exploitation, enquête traçabilité, * mesures de lutte (jachère noire sur plein champ, couverts intermédiaires) * interdiction cultures bulbes-racines-tubercules dans les serres contaminées |
Le FMSE, un service d’indemnisation en cas de détection
Le FMSE, un outil pour couvrir les préjudices liés aux maladies de quarantaine. Agréé par le ministère en charge de l’Agriculture depuis le 26 septembre 2013, le Fond de Mutualisation du risque Sanitaire et Environnemental (FMSE) a pour objet d’indemniser les agriculteurs ayant subi des pertes économiques du fait d’une maladie animale, ou d’organismes nuisibles aux végétaux, et/ou d’un incident environnemental (pollution...).
A la différence des parasites de qualité observés dans le cadre des bulletins de santé du végétal, un organisme de quarantaine est un organisme qui n’est pas présent sur le territoire français, ou peu disséminé. Son entrée, son établissement et sa dissémination auraient une incidence économique, environnementale ou sociale inacceptable.
L’organisme de quarantaine peut être découvert :
- Dans le cadre de surveillances réalisées par les autorités compétentes du territoire en vue de leur recherche (inspections du SRAL ou FREDON).
- Lors d’analyses effectuées à la demande des producteurs eux-mêmes (dans le cadre de l’export de végétaux vers des pays tiers par exemple).
Les modalités de lutte obligatoire dépendent de l'organisme découvert, toutefois les mesures mises en place comportent toujours :
- La destruction ou la désinfection des pommes de terre contaminées.
- L’interdiction de cultiver des pommes de terre (voire d'autres cultures) sur la parcelle considérée pendant plusieurs années.
- La désinfection des matériels et des lieux de stockage contaminés.
Chaque filière de production possède une section spécialisée au sein du FMSE, pour couvrir les risques spécifiques à ses productions. Les agriculteurs sont affiliés aux secteurs spécialisés en fonction de leurs productions. Pour les producteurs de pommes de terre (hors plants), la section spécialisée est gérée par l’intermédiaire de l’association sanitaire pour la section pommes de terre (ASPDT).
Afin de compenser les pertes de revenu dues à la destruction des lots contaminés, les producteurs doivent :
- avoir déclaré l’intégralité de leurs surfaces en pomme de terre (hors production de plants certifiés) avant le 30 juin de l’année en cours,
- avoir respecté la réglementation sanitaire,
- avoir cotisé à la section commune du FMSE,
- être affilié à l’association pour la section pomme de terre du FMSE (ASPDT). Cette affiliation est validée par le règlement de la cotisation pour l’ensemble de leur production de pomme de terre.
Des informations supplémentaires sont consultables sur le site du FMSE : http://www.fmse.fr/sections/les-sections-specialisees/PDT/ .