Le nématode du pin, Bursaphelenchus xylophilus, est un ver microscopique xylophage qui s’attaque aux conifères comme les différentes essences de pin, sapins, épicéas ou cèdres par exemple.

Originaire d’Amérique du Nord, il s’est propagé à travers le monde, notamment grâce à l’amplification des échanges commerciaux impliquant des matériaux en bois. Peu problématique  dans sa région native, il est considéré comme espèce invasive dans le reste du monde.  Intercepté pour la première fois en France dans le département des Landes (commune de Seignosse) en novembre 2025, il appartient à la liste des 20 organismes de quarantaines prioritaires surveillés par FREDON Ile de France.

BIOLOGIE ET DISPERSION

Les larves de Monochamus pondues dans le tronc d’un arbre hôte se nourrissent du phloème et du cambium avant d’effectuer leur nymphose. Si l’arbre est infecté par le nématode du pin, ce dernier se fixera alors sur les jeunes adultes Monochamus. Les Monochamus parasités transporteront avec eux les nématodes durant la période d’essaimage, provoquant ainsi la dispersion du ver sur des distances pouvant atteindre plusieurs kilomètres.

La consommation régulière de bois permettra aux Monochamus d’inoculer le nématode dans de nouveaux arbres jusqu’alors sains. Les nématodes y réaliseront leur cycle biologique sur plusieurs générations. Cet arbre, affaibli par les nématodes, deviendra un site propice à la ponte pour les femelles Monochamus, assurant la propagation du nématode par ces nouvelles générations d’insectes vecteurs.

Ce mode efficace de dispersion du nématode du pin demeure relativement local. Son introduction en  l’Asie et plus récemment en l’Europe s’explique par le commerce international de matériel végétal contaminé (caisses en bois, palettes, copeaux, etc…). 

Le nématode du pin est un organisme très peu mobile dans son environnement naturel. La contamination d’arbres sains sans facteurs extérieurs reste donc assez rare. Etant un ver parasitaire, B. xylophilus a besoin d’un insecte vecteur pour assurer sa dispersion et coloniser de nouveaux hôtes. Les coléoptères xylophages du genre Monochamus sont les insectes vecteurs du nématode : leurs deux cycles biologiques sont étroitement liés.

Un dépérissement rapide

Lorsque le nématode du pin contamine un conifère, sa multiplication entraîne la rupture progressive du transport d’eau et de minéraux dans le xylème. Les premières manifestations de la présence des nématodes sont rapidement visibles : les aiguilles commenceront à jaunir puis flétrir et un dépérissement général de l’arbre sera observé.  Parallèlement, des trous de ponte, appelées encoches transversales, creusés par les Monochamus peuvent être observées sur le tronc de l’arbre.

Il est tout de même important de souligner que ces symptômes ne peuvent, en eux-mêmes, suffire à conclure à la présence du nématode. Une analyse d’un prélèvement de l’arbre suspect permettra de confirmer la présence de ce parasite.

La contamination d’un conifère par le nématode du pin conduit à sa mort en quelques semaines ou quelques mois.

Un danger pour l’économie de la filière forêt-bois.

Le Portugal est le premier pays européen à subir l’introduction du nématode du pin. En moins 10 ans, ce sont plus de 510 000 hectares de forêts de conifères qui ont été touchés. Au total, les coûts engagés pour tenter de limiter la propagation du nématode s’élèvent à près de 50 millions d’euros. Malheureusement, ces efforts n’ont pas suffi à contenir la dissémination du nématode : aujourd’hui, l’ensemble du pays est en situation d’enrayement, c’est-à-dire que l’objectif d’éradiquer le nématode est abandonné : on cherche maintenant à contenir sa dispersion. 

Le nématode du pin a été détecté en Espagne pour la première fois en 2008. Aujourd’hui, quatre foyers sont toujours actifs :

  • La Galice, au Nord de l’Espagne, est particulièrement touchée : 2 foyers sont actuellement actifs.

Le premier situé à As Neves (à proximité de la frontière avec le Portugal) est récemment passé en mesure d’enrayement, car l’éradication n’est plus possible.

Un foyer à Lagunilla continue de subsister depuis 2018 (dernière détection de nématode du pin en 2024)

  • Le foyer situé en Extremadura dont la dernière détection remonte à 2023.
  • Le deuxième foyer (déclaré en 2024) est situé dans le Parc Naturel de Baixa Limia-Serra do Xurés (également à proximité de la frontière portugaise). Une stratégie d’éradication y est pour le moment maintenue.

Détecté pour la première fois sur le territoire français en novembre 2025, la propagation du nématode du pin en France représente désormais une menace avérée pour les forêts nationales. En France, on estime à environ 95% la quantité de marchandises transportée sur palette dont la quasi-totalité sont en bois de conifère (source : agriculture.gouv). De plus, 35% des forêts sont composées entre autres de pins ou d’espèces résineuses : le risque d’établissement et de dispersion du nématode est bien réel. Le vecteur Monochamus galloprovincialis est présent sur le territoire national, notamment au niveau des Parcs Naturels Régionaux des Landes de Gascognes et des Grands Causses (source : INPN). Ces deux massifs forestiers, qui abritent une grande variété de pins et de résineux, sont des zones particulièrement propices à l’établissement du nématode.

La plateforme d’Épidémiosurveillance en Santé Végétale estime à 350 millions de m3 le volume de bois sur pied composé d’essences sensibles au nématode du pin,  ce qui représente 13% des ressources totales de la filière forêt-bois (source : https://plateforme-esv.fr/thematiques/GTnematode_du_pin). Considérant que la forêt française est le 3ème stock de bois au niveau européen, l’introduction du nématode pourrait aussi bien avoir des répercussions sur la filière au niveau national qu’au niveau européen (source : Le Mémento Inventaire Forestier – IGN Edition 2020).  

Première détection de B.xylophilus en France

Au début du mois de novembre 2025, un foyer de nématode du pin a été confirmé par le laboratoire ANSES de référence pour la première fois en France. Situé sur la commune de Seignosse dans le département des Landes, ce foyer constitue un danger majeur pour les nombreux peuplements de résineux présents à proximité du foyer.

Des mesures de lutte contre la dissémination du nématode ont été prises par le préfet des Landes ; l’interdiction de travaux d’exploitation sous toutes formes, ainsi que l’interdiction de faire circuler du matériel végétal provenant d’essences sensibles. Ces mesures s’appliquent au sein de la zone délimitée définie par un rayon de 20km autour du foyer. Au sein de la zone délimitée, les peuplements résineux, principalement composés de pins représentent une surface de 36 000ha.

Une surveillance réglementée mise en œuvre en Ile-de-France

En Île-de-France, les forêts de Rambouillet et de Fontainebleau sont les plus susceptibles d’être impactées. Leur proximité avec le MIN de Rungis, plus grand marché de produits agricoles du monde, ou près de 3 millions de tonnes de marchandises transitent chaque année (source : FranceAgriMer), accroit d’autant plus le risque d’introduction du nématode.

Classé organisme de quarantaine prioritaire au niveau européen, le nématode du pin fait l’objet d’une surveillance réglementée sur l’ensemble du territoire français.

En Île-de-France, cette surveillance est mise en œuvre dans le cadre de la Surveillance des Organismes Réglementés et Émergents (SORE), pilotée par la DRIAAF Île-de-France, et réalisée conjointement par FREDON Ile de France et le Service Régional de l’Alimentation (SRAL).

Différents types d’inspections sont effectuées chaque année par FREDON Ile France pour surveiller l’introduction du nématode sur le territoire francilien.

  • Des prélèvements asymptomatiques sur palettes en transit.

 Les palettes en bois destinées à l’export reçoivent obligatoirement un traitement avant leur sortie de leur pays d’origine. Ce procédé, imposé par la norme internationale NIMP15, consiste en un traitement thermique (cœur du bois chauffé à 56°C minimum pendant au moins 30 minutes). Si sa réalisation est correcte, il permet de débarrasser le bois des organismes potentiellement nuisibles qu’il pourrait transporter. L’échantillon est envoyé en laboratoire pour déterminer la présence du nématode.

Depuis 2021, ce sont ainsi plus de 220 palettes qui ont été inspectés par FREDON Ile de France. Près de 75% de ces prélèvements concernait des palettes d’origine à risque, c’est-à-dire produites dans des pays ou le nématode est présent.

L’Espagne demeure l’un des pays européens les plus touchés par Xylellafastidiosa, avec plusieurs foyers encore actifs sur son territoire.

  • Le piégeage des insectes vecteurs Monochamus.

Des pièges de type Crosstrap sont installés à proximité de forêts sensibles composées en partie de résineux, comme la forêt de Fontainebleau, de Rambouillet ou encore de Sénart. Ces pièges ont pour but la capture de Monochamus, vecteur du nématode du pin. Les coléoptères capturés sont envoyés au laboratoire de référence pour recherche du nématode du pin au sein des insectes.

Entre 2021 et 2024, 24 pièges ont été posés et suivis sur la région. Au total, près de 700 captures de Monochamus furent envoyées au laboratoire de références pour recherche du nématode du pin.

  • Des prélèvements sur arbre sur pieds en cas de suspicions 

La surveillance de l’état phytosanitaire des forêts françaises est assurée par une collaboration entre des observateurs (forestiers de la DSF ou ONF par exemple) qui signalent les pins dépérissant à la DRIAAF. Les sujets dépérissant font l’objet d’un prélèvement pour recherche du nématode .

Depuis 2021, FREDON Ile de France est intervenue sur 12 signalements de pins dépérissant remontés par ces correspondants-observateurs.

Surveillance dans le cadre de la SORE JEVI

Le nématode du pin est également suivi dans le cadre de la SORE JEVI (Jardins, Espaces Verts et Infrastructures) : à ce titre, ce sont les espaces non agricoles et non forestiers qui sont surveillés, tels que les parcs publics, les jardins botaniques, les campings ou encore les zones naturelles.

En moyenne, une quarantaine d’inspection incluant la surveillance du nématode du pin sont réalisées chaque année à FREDON Ile de France.

Ces efforts de surveillance menés conjointement par la FREDON Ile de France, les organismes de gestion forestière ainsi que le SRAL, permettent aujourd’hui de constater qu’aucune détection du nématode du pin n’a été à ce jour réalisée sur le territoire francilien.

Une surveillance toujours de mise face au nématode du pin.

Cette conclusion ne doit néanmoins pas entraîner un relâchement de la vigilance face à cet organisme de quarantaine prioritaire. A l’image de l’Espagne, de nouveaux foyers continuent d’être déclarés, et ce également dans des pays jusque-là indemnes comme l’Arménie, où le nématode du pin a été récemment détecté pour la première fois (détection sur des échantillons prélevés en 2022-2023).

Les risques potentiels, tant sur la santé des forêts d’Île-de-France que sur l’économie de la filière bois, justifient la nécessité de poursuivre ces mesures de suivi et ces contrôles. L’impact économique lié aux dommages observé en Asie, première région contaminée par le nématode, en est une illustration frappante : au Japon, la perte annuelle de bois de construction atteint 2,4 millions de m3 tandis qu’en Chine, la mortalité moyenne de pins sur une décennie a dépassé le million/an.

A l’échelle européenne, les pertes économiques engendrées par l’introduction, l’établissement et la dispersion du nématode du pin sont estimées à 22 milliards d’euros sur 22 ans (Soliman et al ., 2012).

A ce jour, aucun traitement curatif permettant de traiter un pin infecté n’a été identifié.  En cas de détection de nématode du pin, la seule mesure reconnue efficace mise en place reste l’abattage du sujet malade ainsi qu’une coupe rase sur un rayon de 500 mètres. Certains projets de recherche fournissent des pistes prometteuses en termes de biocontrôle et de développement de biopesticides, mais la démonstration de leur efficacité reste à être établie.  

La récente découverte d’un foyer dans le département des Landes témoigne de l’efficacité du dispositif de surveillance du nématode du pin, et doit encourager ses principaux acteurs à maintenir leur niveau de vigilance.

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